L’Église au Burundi : une mission de réconciliation et de paix

Maxime François-Marsal, responsable des projets de la fondation ACN pour les pays francophones d’Afrique centrale, est récemment rentré d’un voyage en République du Burundi, un petit pays d’Afrique de l’Est bordé par le Rwanda au nord, la République démocratique du Congo à l’ouest et la Tanzanie au sud et à l’est. Dans un entretien, Maxime François-Marsal parle de la situation dans le pays et de la contribution de la fondation ACN au développement de l’Église burundaise.

Radio Voix de la Réconciliation - Trip 2023 June Burundi Maxime Francois-Marsal
Radio Voix de la Réconciliation – Trip 2023 June Burundi Maxime Francois-Marsal

Comment décririez-vous le Burundi ?

Le Burundi est un pays enclavé situé dans la région des Grands Lacs. Depuis au moins 500 ans, les peuples Twa, Hutu et Tutsi cohabitent sur le territoire de l’actuel Burundi. Il n’est pas aisé de différencier ces groupes ethniques, car ils partagent la même langue, la même religion et ont des coutumes similaires. Cependant, le Burundi a été marqué par une histoire très douloureuse, jonchée de massacres, de meurtres, de conflits sociaux et de violences.

Quelle est la situation religieuse au Burundi ?

Le sentiment religieux est très fort dans la société burundaise et la liberté religieuse est généralement respectée dans le pays. Les chrétiens représentent plus de 90% de la société et le christianisme continue de se développer. Malgré cela, la foi chrétienne n’a pas de racines profondes dans le pays. Par exemple, de nombreux nouveaux mouvements religieux sont nés au Burundi, mais de telles communautés manquent souvent de connaissances sur la vie religieuse et la foi chrétienne en général, ce qui constitue un défi. Ayant été évangélisée il y a à peine 125 ans, la société n’a pas encore profondément embrassé la foi chrétienne et s’appuie encore sur des coutumes et des traditions dérivées des religions indigènes.

Qu’est-ce qui vous a frappé dans ces traditions religieuses ?

Le Burundi est encore très marqué par ses racines culturelles. Par exemple, à ce jour, les morts sont craints. Les gens croient que leur âme peut affecter la vie des vivants. Par ailleurs, la danse rituelle accompagnée du tambour royal, célèbre tradition burundaise inscrite sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO et qui symbolise la fertilité, la régénération et le respect de la monarchie, est également utilisée dans la liturgie. Au Burundi, le tambour est un symbole de reconnaissance sociale, il n’est donc pas rare que des tabernacles soient placés sur des tambours. Lors de sa visite au Saint-Siège, le président burundais a offert un tambour au pape.

Poste secondaire de Kiziba dans la paroisse de Bukemba
Poste secondaire de Kiziba dans la paroisse de Bukemba

Comment les chrétiens vivent-ils leur vie religieuse ?

Les chrétiens aiment se réunir en petits groupes pour prier et s’entraider. Avec le temps, ces groupes de prière se transforment en communautés plus importantes qui décident de se doter d’un lieu de culte et construisent une église de leurs propres mains. Lors de mon voyage au Burundi, j’ai visité une telle église, construite par les fidèles eux-mêmes. Bien que le Burundi soit l’un des pays les plus pauvres au monde avec plus de 80% de la population vivant dans la pauvreté, ses habitants sont très généreux et engagés auprès de l’Église, et ils sont désireux de vivre des expériences religieuses qui changent leur vie quotidienne. Tout cela m’a énormément inspiré.

Quelle est l’ampleur de la mission de l’Église catholique au Burundi ?

Les deux tiers des chrétiens du Burundi s’identifient comme catholiques. Le Burundi est structuré en huit diocèses, dont deux sont vacants. Il y a quatre grands séminaires dans le pays et un autre est en cours de construction dans le diocèse de Bubanza, avec l’aide de la fondation ACN. Ces dernières années, le Burundi a connu un pic de vocations à la vie consacrée et au sacerdoce. Il y a beaucoup de demandes qui sont adressées au séminaire et leur nombre augmente d’année en année. Cependant, en raison de la mauvaise situation économique, les séminaires ne sont pas en mesure d’accepter tous les candidats, si bien que le nombre de nouveaux candidats est limité à treize.

Plusieurs congrégations féminines exercent avec succès leur ministère au Burundi. La première congrégation féminine locale, les Sœurs de Bene Terezya, est déjà devenue une congrégation de droit pontifical. Les Sœurs de Marie de Schoenstatt et les Pères de Schoenstatt travaillent au Burundi depuis les années soixante. Ils renforcent tous l’éducation des enfants et des jeunes, enseignent les bases du catéchisme, organisent des activités sportives et culturelles et apportent un réel changement dans la société.

Sur le plan pastoral, quels sont, selon vous, les principaux défis dans le pays ?

Depuis l’indépendance du Burundi en 1962, il y a eu trois génocides à la suite de violents conflits entre Hutus et Tutsis.

En mars 2022, lors de sa visite au pape François au Vatican, le président de la République du Burundi, Mr Évariste Ndayishimiye, a reconnu que l’Église catholique avait joué un rôle majeur dans le processus de paix et de réconciliation du peuple burundais, et qu’une paix fragile avait été établie grâce à ces efforts.

Les perspectives de liberté religieuse restent inchangées, mais les tensions internes et les circonstances extérieures risquent d’affecter tous les droits de l’homme. Une attention particulière doit donc être accordée au processus d’éducation et de formation de ceux qui seront les acteurs de la vie de l’Église et du développement dans le pays.

Sœurs de Marie de Schoenstatt travaillant dans le diocèse Diocèse de Muying
Sœurs de Marie de Schoenstatt travaillant dans le diocèse Diocèse de Muying

Quelle est la contribution de la fondation ACN à la vie du pays ?

Au cours des dix dernières années, la fondation ACN a contribué à plus de 200 projets au Burundi, avec un accent particulier sur la formation des prêtres et des religieuses, la formation des catéchistes, ainsi que sur le soutien apporté à diverses activités pastorales. Cet engagement se poursuivra à l’avenir.

Cependant, il existe une menace croissante de violence pour des raisons politiques à l’intérieur du pays. Au Burundi, il règne un climat de méfiance partout, même entre amis et familles. On m’a dit que les gens n’invitaient jamais leurs amis chez eux, parce qu’ils craignaient que ceux-ci ne connaissent alors leur maison et puissent ainsi les traquer lorsque la prochaine guerre civile éclatera. Notre action vise à répandre la Bonne Nouvelle dans le cœur des gens, afin qu’ils puissent résister à la tentation de la violence.

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